dimanche 13 juin 2010

Toi aussi, sois un prof charismatique et respecté

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Wang ZHICHENG - Portrait du chef de la tribu mongole Dörbet (18e s.)
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Les parents et même les élèves se plaignent d’un manque d’autorité des professeurs.
Pourtant, enseignants ont la chance d'avoir moins de problèmes que d'autres.
Ils sont d'ailleurs doublement gagnants, puisque charisme et autorité sont évalués par leur chef d’établissement, dans le barème d’une note administrative annuelle, qui conditionne la date de leur changement d’échelon (c’est-à-dire : leur augmentation de salaire).
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Je fais l’impasse sur les solutions pédagogiques qui permettent d’améliorer son charisme : c’est complexe et sans certitude de résultats. Je laisse aussi tomber les solutions politiques et réglementaires, parce que "c'est pas demain la veille...".
Par contre, il existe des solutions administratives, immédiatement efficaces… D'ailleurs, je suis enseignant et demain, je communiquerai mes souhaits administratifs pour la rentrée prochaine. Et j’avoue que je n’ai pas fait ça sans arrières pensées…
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Voici quelques exemples de solutions pour être charismatique et respecté (ou au pire, pour faire semblant de l'être...). Certains moyens sont légitimes, d'autres carrément indignes...
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1) Choisir des classes "tranquilles"
J’ai déjà évoqué ce sujet… Avoir des classes naturellement tranquilles, c’est donner l’impression qu’on a de l’autorité. Evitez donc les CAP, les filières et sections "poubelles" (sans débouchés), les classes très féminisées (diplômes tertiaires), qui sont les plus difficiles à gérer.
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2) Enseigner comme prof de "spécialité"
L’autorité est proportionnelle au coefficient de votre matière. Par exemple, un professeur de Français ou de Philosophie sera davantage respecté par les "Bac L".
Dans les lycées professionnels ou technologiques, c'est plus facile pour les professeurs d'"atelier" (de la spécialité professionnelle). A l'inverse, quand je me suis reconverti, de prof d’électronique (coefficient 16) à prof de maths-sciences (coefficient 2), j’ai perdu l’essentiel de mon autorité. Pourquoi ? Parce que ce n’est plus moi qui décide qui aura son diplôme et qui ne l’aura pas…
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3) Avoir des classes à effectif réduit
Certaines filières ont du mal à faire le plein et on se retrouve parfois avec des classes de 6 élèves (exemple : CAP broderie, CAP métallerie). On les gèrera avec plus de facilité que les CAP ventes (35 élèves), qui ont pourtant le même profil.
D’autre part, certains enseignants profitent de dédoublements de classes plus fréquents, notamment les professeurs d’atelier (en lycée professionnel ou technologique). Quant aux matières d’enseignement général, le dédoublement éventuel dépend de l’effectif de la classe (supérieur à 15) et du diplôme préparé (davantage de dédoublement en CAP qu’en Bac).
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4) Etre professeur principal
Dans l’imaginaire collectif des élèves, le professeur principal a plus de Pouvoirs que les autres. Et le Pouvoir, ça force le Respect… C’est comme ça : j’ai toujours un supplément de charisme avec la classe dont je suis le professeur principal.
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5) Bien choisir sa salle de classe
Certaines salles, mal insonorisées, donnent l’impression que le chahut est permanent : l’écho de deux ou trois élèves qui chuchotent, arrive à couvrir votre voix. A l’inverse, les salles bien insonorisés (avec faux plafond) donnent l’impression que les élèves sont plus calmes ; mieux encore : ces "bonnes" salles facilitent la gestion de la classe, puisque le professeur n'est plus obligés d'entrer en conflit pour imposer le silence total des élèves.
On peut aussi emmener sa classe en salle informatique, pour faire des recherches sur internet. C’est l’assurance d’avoir une paix royale pendant toute la durée de la séance.
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6) Avoir un Inspecteur comme copain
En réalité, tutoyer son Inspecteur ne rend pas plus charismatique.
Mais j’ai remarqué que les collègues qui arrivaient à caser cette information essentielle, au cours d'une conversation avec leur chef d’établissement, étaient souvent gratifiés d’une excellente note administrative d’"autorité/charisme" (et d’une excellente note pour le reste, d’ailleurs).
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7) Ne pas faire de rapports d’incidents
Là aussi, ça n’améliore pas vraiment l’ambiance de classe… mais ça évite de plomber sa note d’"autorité/charisme". Car dans une ambiance d’omerta, où aucun prof ne signale ses difficultés à gérer sa classe, celui qui le fait se distingue, en affichant une incompétence supérieure à l’ensemble de ses collègues.

2 commentaires:

captainhaka a dit…

Excellente analyse !
Je peux rajouter une huitième ?

Demander aux parents de tenir correctement leur rôle d'éducateur de leur marmaille. Leur rappeler que devenir parents ce n'est pas seulement les cinq secondes où monsieur a ahané sur madame puis a été faire l'emplette de la dernière playstation pour Kévin.

Thierry D. a dit…

Captain Haka,

Merci, mais ce n'est pas une "analyse"... seulement le compte-rendu d'expériences vécues !

D'accord avec toi sur "le rôle primordial de l'éducation" (je résume ton idée en mode "politiquement correct")... mais ce n'est pas une solution "administrative" !

Ce ferai appel à ta solution dans un prochain article, sur les enfants-rois et les parents "libertaires" (c'est-à-dire démissionnaires).