dimanche 9 mai 2010

8 mai à La Capelle : patriotisme et religion

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Pour résumer et en forçant le trait, je dirais que La Capelle est à la Thiérache, ce qu’Enghien-les-Bains est à la Seine-Saint-Denis
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Hier, avant la cérémonie de commémoration de l’Armistice, les capellois ont eu droit à une messe, à laquelle ont participé plusieurs élus, de Droite comme de Gauche. Parmi eux, certains ont fait le signe de croix, voire même ont communié. Plus grave à mes yeux : on a pu voir le drapeau français s’incliner respectueusement devant l’autel de l'église.
Ce mélange de patriotisme et de religion, me fait davantage penser aux USA qu’à la France. Et je regrette que certains élus de notre république laïque, affichent publiquement leur opinion religieuse.
On me dira : ça ne va pas choquer grand monde, en Thiérache, que des élus affirment leur croyance catholique. Certes… Mais par insouciance ou par démagogie, ces élus oublient que la laïcité est un principe national, qui ne devrait pas être aménagé selon les particularités locales.
On me dira que je suis un laïcard intolérant. Certes… Mais je rappellerai que la laïcité, en 1905, ne s’est pas bâtie sur des valeurs de tolérance, mais d’anticléricalisme. Et que certaines "tolérances" ne sont que des lâchetés ou des renoncements, déguisées en bisounourseries.
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Je repense à un buzz, il y a quelques années, qui montrait Nicolas Sarkozy faisant le signe de croix dans une église. Ca avait provoqué une tempête d’indignation dans un verre d’eau, car la plupart des français, notamment ruraux et/ou chrétiens, n’avaient pas été choqués.
C’était bien vu : choquer une ultra-minorité pour s’attirer la sympathie du plus grand nombre... et ensuite, refaire l’Histoire (« les racines chrétiennes de la France ») pour faire passer la pilule du renoncement à nos valeurs.

13 commentaires:

Ane-Vert a dit…

Conception bien crispée de la laïcité qui est respect de toutes les religions y compris de l'athéïsme et non pas professer un athéïsme militant d'Etat (individuellement c'est différent, c'est un droit). Je ne comprends pas bien pourquoi des élus devraient se cacher pour participer au culte de leur choix à partir du moment où ils n'en tirent pas un programme politique sectaire. Parmi les morts des dernières guerres un bon nombre étaient croyants et ils ont droit comme ceux qui ne croyaient pas à un hommage de la nation. D'ailleurs en 14 la République laïcarde n'a pas barguigné à faire appel aux curés pour soutenir le moral des troupes (ce dont ils auraient mieux fait de se dispenser compte tenu de la nature de cette guerre).
Il me semble que pour quelqu'un qui est libéral (au niveau des moeurs, pas de l'économie) comme toi, l'athéisme d'Etat devrait être à peu près égal à l'Etat théocratique : l'antichambre d'un régime policier.

Thierry D. a dit…

Il y a malentendu : je ne prône pas "l'athéisme d'état", mais la neutralité religieuse des pouvoirs publics (au nom de la laïcité).
Après, les élus, comme les autres, peuvent pratiquer une religion comme ils l'entendent (au nom de la laïcité, encore)... mais pas pendant qu'ils sont en représentation publique.

Je ne suis pas si "crispé" que ça. J'ai trouvé injuste les attaques infligées à ségolène Royal, quand on l'a surprise dans une église, en Italie. Elle est en vacances, elle fait ce qu'elle veut !

C'est justement parce que je suis libéral, au niveau des moeurs, que je suis attaché à une neutralité politique. Car des élus qui affichent une préférence religieuse, émettent implicitement un signal défavorable envers les autres croyances...

Ane-Vert a dit…

Thierry ne nous fâchons pas mais si j'en crois ton récit la messe à La Capelle précédait la cérémonie officielle et n'en tenait donc pas lieu. Donc c'était une affaire privée et les élus qui étaient là y étaient comme personnes privées et non comme autorités publiques. A la cérémonie religieuse qui a précédé l'enterrement de Daniel Dormion à Bohain, beaucoup d'élus étaient présents mais aucun ne portait l'écharpe de sa fonction. Le curé de Bohain a laissé libre chacun de faire le signe, sur le cercueil, le signe qui correspondait à ses croyances personnelles (l'eau bénite était facultative). Avec ton raisonnement tous les élus auraient du rester dehors.
Et puis qu'un ancien combattant croyant vienne avec son drapeau à une telle cérémonie privée, ça me paraît aussi légitime que de voir un ancien harki faire la même chose dans sa mosquée.
Une République qui soit le bien commun de tous me paraît bien préférable à une République vieille fille accariâtre et suspicieuse.

Thierry D. a dit…

Ane-Vert,
Sur ce commentaire, tu m'as presque convaincu... Dont acte !
L'argument selon lequel la cérémonie était "privée", du fait qu'elle soit antérieure à la cérémonie civile, est intéressant.
J'accepte le qualificatif de "suspicieux", qui me ressemble plus que "crispé"... C'est que j'en ai vu, des élus qui invoquaient les Saints locaux et qui confondaient certains "mythes fondateurs" de leur vilage et l'Histoire ! Alors forcément, ça marque...

Ane-Vert a dit…

Allez tu sais bien que je ne te vois pas en vieille fille acariâtre. Le problème avec le cléricalisme c'est qu'il faut quand même un peu hiérarchiser : la cléricature bondieusarde n'est plus que marginale sous nos latitudes, elle est pauvre, éreintée par un peuple de fidèles qui n'investit plus guère dans ses convictions que des boutons de culottes. Les nouveaux clercs ont changé de costard mais de nouvelles formes d'arrogance cléricale (purement laïque ? ) renaissent sans cesse qui ne barguignent pas, ici et là, à reproduire les travers des cléricatures d'ancien régime.
Si le ridicule tuait (ce que jamais ne fit, grâce à Dieu), il y aurait certainement une hécatombe dans nos élites.

Anonyme a dit…

Que la cérémonie religieuse ait eu lieu avant la cérémonie officielle ne change rien au fait que ce n'est pas en tant que simple citoyen que ces élus ont affiché leurs convictions religieuses.
C'est un peu facile de dire que je suis un simple citoyen lorsque je vais à l'église et je suis un élu lorsque je participe à une commémoration officielle. Dans l'exemple cité, la cérémonie religieuse ne semble pas avoir été un fait privé puisqu'elle a été "médiatisée". Cela n'avait donc rien de privé.
Un exemple significatif montre combien l'hypocrisie est de règle en ce qui concerne les convictions religieuses affichées des élus : http://www.amicaleathee.org/Tribune-Libre/le-pelerinage-des-elus-de-la-republique.html
Alors, oui, lorsqu'une personne participe à une cérémonie religieuse en tant qu'élu, elle enfreint les règles de la Laïcité de notre République (nota : contrairement à l'idée répandue, la laïcité n'est pas le respect de toutes les religions mais la neutralité de l'état, nuance..).

Thierry D. a dit…

Ane-Vert,
Tu as un discours de bon sens ! Evidemment, ce n'est pas cet épisode qui tuera la Laïcité. Mais la laïcité est un principe et je ne conçois pas qu'on l'applique, ou pas, selon les circonstances. D'autant plus que le cas de la Capelle n'est pas marginal, sur l'ensemble de la France...

Anonyme,
Je suis d'accord sur l'ambiguité entre "personne privée" et "personne publique", avec une confusion qui complique l'application du principe de laïcité.
La cérémonie n'était pas forcément "médiatisée", mais les élus n'y étaient pas mélangés au public anonyme ; dans ce cas, il devient difficile de se cacher derrière sa personne "privée".

Malgré notre loi de 1905, la notion de laïcité est interprétée de manières très divergentes.
Ca me donne envie de creuser le sujet...

Ane-Vert a dit…

Il y aurait une solution de bon sens, vu qu'il est difficile de séparer la personne publique et la personne privée (hors la guillotine ou les méthodes artisanales genre Landru), c'est d'imposer aux élus qui vont à des offices religieux... d'y aller en burka.
Alors à l'anonyme, pourquoi le mot respect te fait si peur et en quoi en quoi la neutralité est-elle si différente du "respect de toutes les religions y compris l'athéïsme militant" comme je l'ai écrit??

Tout cela me rappelle un peu ce que disait Chateaubriand en se rappelant d'un débarquement à Calais "en France, un homme est toujours suspect et la première chose que l'on aperçoit dans nos affaires comme dans nos plaisirs, est un chapeau à trois cornes ou une baïonnette"
Personnellement j'ai été éduqué, dans les années 50, par un instituteur de l'école de la République et le curé de mon village. Ils ne se fréquentaient pas mais se respectaient et personne ne vivait comme une incongruité que la même personne put sonner les cloches de l'église et chanter la marseillaise les jours de 14 juillet.
D'ailleurs tous deux avaient été résistants, sans doute pas dans les mêmes groupes, et dans ces années là, en matière de guerre civile on avait appris à hiérarchiser les urgences et les valeurs.
Sur la longue période je remarque qu'une partie de la gauche, quand elle n'a rien à dire ou est engluée dans ses contradictions, bouffe du curé. Pendant longtemps c'était une posture inusable, la matière première était abondante. Aujourd'hui ça risque fort de devenir un festin genre portion congrue et comme une bonne partie de nos curés sont désormais d'origine africaine, la gauche laïcarde (plus que laïque) va devoir s'habituer à bouffer du "sans papiers", c'est Mr Besson qui sera content, il se sentira moins seul.

Thierry D. a dit…

Ane-Vert,

Je crois qu'une "neutralité" (qui garde ses distances) serait plus facile à gérer qu'un "respect de toutes les religions".
Car aujourd'hui, les croyances religieuses sont légions (ce qui n'était pas le cas dans ton enfance !) et il serait beaucoup plus difficile de "respecter" toutes ces croyances, sans en oublier aucune.

Je t'accorde que tout cela serait plus facile à gérer sans ce climat de suspicion généralisée : des cathos qui ont peur de l'islamisation de la France ; des musulmans qui se plaignent d'être stigmatisés ; des athées ostracisés (car n'appartenant à aucun "camp") qui s'inquiètent de la montée des revendications communautaires, de part et d'autre.

Il ne s'agit plus de "bouffer du curé", au contraire : la neutralité, telle que je l'entends, s'apparente à de l'indifférence plutôt que de la haine.

Mathieu a dit…

il y a des colères qui sont saines et bien la mienne l'est ! en lisant ton article on a l'impression que tu dis que Sarkozy jouait un rôle quand il faisait le signe de croix mais ce n'est pas le cas, il croit en Jésus. Merci de corriger ton article ou du moins de le préciser.

Thierry D. a dit…

Mathieu,
Ton impression est fausse...
On peut très bien croire en Dieu et en même temps, instrumentaliser la religion en flattant ses co-religionnaires.
Je n'ai pas à "corriger" mon article. Mais tu peux me répondre, en commentaire comme tu l'as fait, ou chez toi, sur ton propre blog.

Ane-Vert a dit…

Les cathos que je connais et que j'aime n'ont pas peur de l'islamisation de la France, ils sont plutôt plus ouverts aux communautés stigmatisées en raison de leur mode de vie (les manouches par exemple), de leur précarité, de leur foi, que la moyenne de la société française. Les meilleurs n'ont peur de rien. Ils sont surtout irrités par les caricatures qui ont cour du fait religieux, et par les tentations de ré-instaurer le Ministère de l'Intérieur comme ministère des cultes. Le ministère de l'intérieur devrait se concentrer sur ses compétences légitimes : les dérives sectaires, les dérives théocratico-militaires, les crimes contre l'enfance et les femmes et les faibles qui ne sont pas l'exclusivité de la sphère religieuse (voir les statistiques ahurissantes de la criminalité familiale)

Thierry D. a dit…

Ane Vert,
je suis d'accord avec toi et avec les catholiques que tu évoques.
Au passage, pour éviter tout malentendu, je précise que quand j'écrivais "des cathos", il fallait lire "certains cathos" et surtout pas "les cathos".