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dimanche 14 novembre 2010

Mon nouveau blog


Nicolas-Bernard LEPICIE - L'enfant en pénitence (18e s)

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J'ai ouvert un nouveau blog, qui sappelle Papa Prof et qui fera le lien entre mes "rôles" de père et d'enseignant.
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Education des enfants, enseignement aux élèves... Le point commun, c'est bien sûr la pédagogie, mais aussi (tout simplement) les difficultés et les joies du vivre-ensemble, avec des êtres en devenir.
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Sur Papa Prof, j'ai déjà transféré d'anciens articles de Saines colères, qui traitaient d'éducation ou de pédagogie. Mais comme ce nouveau blog n'est pas anonyme, je les ai parfois modifiés pour ne pas violer mon droit de réserve d'enseignant.
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A partir de maintenant, chaque blog mènera sa propre vie : Saines colères regroupera mes coups de gueules, Papa Prof sera plus spécialisé et plus positif, à l'intersection des blog Les privilégiés..., Prof story, P'tites racailles et BD de Maé.
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Le premier article original du blog est déjà en ligne...
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mardi 19 octobre 2010

La grève, les heures supp' et les profs

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J.-Baptiste GREUZE - Le petit paresseux (1755) - Musée Fabre (Montpellier)

Ce blog ne fait sa rentrée qu’aujourd’hui… C’est la faute au boulot : 4 heures supplémentaires par semaine (+ autant en préparation des cours) qui me sont imposées. "Imposées", car il est délicat de refuser : ça remettrait en cause un paquet d’emplois du temps, la veille de la rentrée des élèves.
Je n’ai pas voulu de ces heures supp’, ni du fric et de la fatigue qui vont avec. Alors toutes les occasions sont bonnes pour me reposer chez moi, à commencer par les journées de grèves. Oui, je finance mes journées de grève par mes heures supplémentaires imposées !

Mais pourquoi tant d’heures supp’ dans l’Education Nationale, au lieu de créer (ou de maintenir) des postes d’enseignants ?
D’abord parce que les heures supp', ça coûte moins cher. Nous autres privilégiés, avons le privilège d’être moins payés pour des heures supp’ que pour des heures "normales" !
Ensuite parce que les heures supp', ça ne va pas durer : déjà, le baccalauréat professionnel "en 3 ans" a permis d’économiser un an de formation ; à présent, il est question de fermer les classes de CAP ou BEP, car ces diplômes seront "validés" au cours du cycle "Bac Pro 3 ans" (en classe de 1ère).

Avec un peu de chance, bientôt, quand le "mammouth" sera bien "dégraissé", il n’y aura plus d’heures supplémentaires à se partager (ouf !).
Par contre, avec mon salaire "minimal", je n’aurai plus les moyens de faire grève…

mardi 6 juillet 2010

Le bordel dans les cantines scolaires

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Ferdinand Georg WALDMULLER - La soupe du couvent (1859)
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«Vous avez traité le personnel comme des chiens, vous allez manger comme des chiens». A la cantine municipale de Venansault (Vendée), un cuisinier a contraint une dizaine d'enfants perturbateurs - âgé de 8 à 11 ans - à ramper pour aller chercher leur nourriture (source : yahoo actu).
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Les réactions sont binaires : d’un côté, ceux qui défendent le cuisinier, nostalgiques d’une époque où les parents faisaient leur «travail» et que les châtiments corporels étaient banals ; de l’autre, ceux qui crient à l’humiliation et réclament le licenciement du cuisinier.
La réalité est plus complexe… La réalité c’est que la cantine scolaire est une zone de non-pédagogie, de non-autorité et de non-sécurité.
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La non-pédagogie, pendant les pauses-déjeuners, s'explique parce que les enfants sont sous la responsabilité de personnels municipaux, qui ne sont pas des enseignants. On a reproché au fameux cuisinier de ne pas avoir de «pédagogie», ce qui aussi con que de reprocher à un enseignant de ne pas savoir cuisiner.
J’ai lu que le cuisinier n’avait pas à « donner des leçons » aux gamins et qu’il devait se contenter de préparer la tambouille. Soit… Mais en l’absence d’enseignants, c’est lui qui est responsable (sécurité des enfants, vigilance contre le vandalisme, etc…). Et cette responsabilité, elle devrait s’exercer comment ?
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Justement, il est impossible d'assurer cette responsabilité dans un contexte de non-autorité. On s'est contenté de déplorer que les personnels municipaux n’étaient pas «forcément formés», comme si on pouvait apprendre à se faire respecter, quand on n’a aucun pouvoir !
A l’école (rurale et tranquille) de mes enfants, c’est le bordel à la cantine, avec un chahut incessant. Je sais, de différentes sources, que les personnels municipaux n’osent plus intervenir : à la moindre réprimande, soit les enfants les envoient bouler (« Et alors ? Vous allez faire quoi ? »), soit c’est les parents d’élèves qui se vengent en les insultant en public.
D’ailleurs, les articles de presse évoquent certains parents qui affirment n’avoir jamais été avertis des incivilités de leur enfant, pendant que d’autres parents ont été convoqués mais ne se sont pas déplacés. Ce n’est pas contradictoire : on fait timidement appel aux parents, sans trop insister… et ensuite on laisse tomber pour gérer ça « en interne », avec les risques de dérives où chacun se fait justice par ses propres moyens !
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Par conséquence, la non-sécurité est liée à l’absence d’autorité légitime pendant la pause-déjeuner, quand les enfants sont soumis à fameuse «loi de la jungle», avec les caïds en herbe qui peuvent tester leur pouvoir sur les plus faibles, en toute impunité.
A la cantine, un gamin peut se faire chiper un jouet ou son dessert, ça ne s’appelle pas encore du racket ; il peut aussi recevoir un coup de fourchette dans le dos, ça ne s’appelle pas encore une agression physique. Tout ça n’est pas bien grave, c’est juste des enfants qui jouent
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Alors on pourra toujours virer le cuisinier, comme on pourra se débarasser d'Eric Woerth, et dans la foulée de tous les thermomètres et fusibles de France... Ca sera toujours plus facile que de remettre en question le fonctionnement de certains systèmes !

dimanche 13 juin 2010

Toi aussi, sois un prof charismatique et respecté

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Wang ZHICHENG - Portrait du chef de la tribu mongole Dörbet (18e s.)
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Les parents et même les élèves se plaignent d’un manque d’autorité des professeurs.
Pourtant, enseignants ont la chance d'avoir moins de problèmes que d'autres.
Ils sont d'ailleurs doublement gagnants, puisque charisme et autorité sont évalués par leur chef d’établissement, dans le barème d’une note administrative annuelle, qui conditionne la date de leur changement d’échelon (c’est-à-dire : leur augmentation de salaire).
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Je fais l’impasse sur les solutions pédagogiques qui permettent d’améliorer son charisme : c’est complexe et sans certitude de résultats. Je laisse aussi tomber les solutions politiques et réglementaires, parce que "c'est pas demain la veille...".
Par contre, il existe des solutions administratives, immédiatement efficaces… D'ailleurs, je suis enseignant et demain, je communiquerai mes souhaits administratifs pour la rentrée prochaine. Et j’avoue que je n’ai pas fait ça sans arrières pensées…
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Voici quelques exemples de solutions pour être charismatique et respecté (ou au pire, pour faire semblant de l'être...). Certains moyens sont légitimes, d'autres carrément indignes...
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1) Choisir des classes "tranquilles"
J’ai déjà évoqué ce sujet… Avoir des classes naturellement tranquilles, c’est donner l’impression qu’on a de l’autorité. Evitez donc les CAP, les filières et sections "poubelles" (sans débouchés), les classes très féminisées (diplômes tertiaires), qui sont les plus difficiles à gérer.
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2) Enseigner comme prof de "spécialité"
L’autorité est proportionnelle au coefficient de votre matière. Par exemple, un professeur de Français ou de Philosophie sera davantage respecté par les "Bac L".
Dans les lycées professionnels ou technologiques, c'est plus facile pour les professeurs d'"atelier" (de la spécialité professionnelle). A l'inverse, quand je me suis reconverti, de prof d’électronique (coefficient 16) à prof de maths-sciences (coefficient 2), j’ai perdu l’essentiel de mon autorité. Pourquoi ? Parce que ce n’est plus moi qui décide qui aura son diplôme et qui ne l’aura pas…
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3) Avoir des classes à effectif réduit
Certaines filières ont du mal à faire le plein et on se retrouve parfois avec des classes de 6 élèves (exemple : CAP broderie, CAP métallerie). On les gèrera avec plus de facilité que les CAP ventes (35 élèves), qui ont pourtant le même profil.
D’autre part, certains enseignants profitent de dédoublements de classes plus fréquents, notamment les professeurs d’atelier (en lycée professionnel ou technologique). Quant aux matières d’enseignement général, le dédoublement éventuel dépend de l’effectif de la classe (supérieur à 15) et du diplôme préparé (davantage de dédoublement en CAP qu’en Bac).
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4) Etre professeur principal
Dans l’imaginaire collectif des élèves, le professeur principal a plus de Pouvoirs que les autres. Et le Pouvoir, ça force le Respect… C’est comme ça : j’ai toujours un supplément de charisme avec la classe dont je suis le professeur principal.
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5) Bien choisir sa salle de classe
Certaines salles, mal insonorisées, donnent l’impression que le chahut est permanent : l’écho de deux ou trois élèves qui chuchotent, arrive à couvrir votre voix. A l’inverse, les salles bien insonorisés (avec faux plafond) donnent l’impression que les élèves sont plus calmes ; mieux encore : ces "bonnes" salles facilitent la gestion de la classe, puisque le professeur n'est plus obligés d'entrer en conflit pour imposer le silence total des élèves.
On peut aussi emmener sa classe en salle informatique, pour faire des recherches sur internet. C’est l’assurance d’avoir une paix royale pendant toute la durée de la séance.
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6) Avoir un Inspecteur comme copain
En réalité, tutoyer son Inspecteur ne rend pas plus charismatique.
Mais j’ai remarqué que les collègues qui arrivaient à caser cette information essentielle, au cours d'une conversation avec leur chef d’établissement, étaient souvent gratifiés d’une excellente note administrative d’"autorité/charisme" (et d’une excellente note pour le reste, d’ailleurs).
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7) Ne pas faire de rapports d’incidents
Là aussi, ça n’améliore pas vraiment l’ambiance de classe… mais ça évite de plomber sa note d’"autorité/charisme". Car dans une ambiance d’omerta, où aucun prof ne signale ses difficultés à gérer sa classe, celui qui le fait se distingue, en affichant une incompétence supérieure à l’ensemble de ses collègues.

mercredi 9 juin 2010

Zéro fonctionnaire en l'an 3102 (merci Excel)

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Problème de maths (lu dans le courrier des lecteurs de Télérama) : "sachant qu'on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux, partant à la retraite, à quelle date n'y en aura-t-il plus aucun ?".
J'ai cherché... et j'ai trouvé, grâce à Excel !
Je vais vous expliquer et ensuite... il y aura une surprise !
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Voici le début de mon tableau... Toutes les valeurs ont été calculées par le tableur, à quelques exceptions près :
- Les nombres en gras des quatre premières lignes, qui sont des hypothèses (valeurs de départ), trouvées sur des sites d'actualité ou institutionnels.
- La valeur du taux de départ en retraite de 2011, que j'ai hypothétiquement supposée stable pour les années à venir (approximation hasardeuse sur une longue période).
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Le nombre de fonctionnaires va donc baisser, progressivement, jusqu'à atteindre la valeur Zéro, quand le dernier privilégié partira enfin à la retraite... en l'an 3102 !
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Diantre ! Mais ça ne diminue pas assez vite !
Vous croyez ? Alors regardez la courbe de l'évolution des effectifs...
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Ca ne baisse pas régulièrement... et c'est normal : moins on remplace des fonctionnaires, moins il reste de futurs retraités ; et moins il y a de départs en retraites, moins il y a de départs non remplacés !
Une analyse plus fine montre qu'à ce rythme :
- Dès 2017, il y aura moins de fonctionnaires qu'à l'époque de Mitterrand (2 202 503 en 1994).
- En 2059, il y aura environ deux fois moins de fonctionnaires qu'en 2010.
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A présent... la surprise !
Je vous propose de jouer à "Eric Woerth" : téléchargez mon fichier Excel en cliquant ici, puis amusez-vous à changer les hypothèses de départ (en rouge), avant d'aller constater l'évolution du graphique. L'objectif est d'obtenir une courbe qui descend le plus vite possible !
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Quelques pistes :
- Au lieu de considérer le nombre de fonctionnaires d'Etat (2 410 984 en 2010), vous pouvez jouer avec le nombre de profs, ou le nombre total d'employés de la fonction publique.
- Augmentez le taux de non-remplacement, au lieu de le laisser à 50 %.
- Diminuez le taux de départ en retraite, pour prendre en compte l'allongement de la durée de cotisation (2,8% correspond à 1/36 des effectifs ; 2,2% correspondrait à 1/45 des effectifs).
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PS : allez jeter un oeil sur ce bijou de logique gestionnaire, sur le site du sénat !

dimanche 30 mai 2010

Toi aussi, soit un prof tranquille et/ou bien payé

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"Le fardeau des privilèges" (fin 18e s.) : le haut clergé et la noblesse pesant sur le Tiers-Etat
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Pour les enseignants, c’est la période des négociations pour se répartir les classes et les heures supplémentaires.
C’est surtout l’occasion de constater que même dans un lieu aussi républicain qu’un établissement scolaire, certains sont très attachés à leurs privilèges, au mépris de la Solidarité et de l’Egalité… L’enjeu : gagner beaucoup plus de sous et/ou être beaucoup plus "tranquille" que son collègue qui fait théoriquement le même travail que soi.
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L’enjeu numéro 1, c’est le partage des classes.
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La "répartition de services" se fait en l’absence d’un éventuel futur collègue, dont l’arrivée est prévue en septembre prochain.
Comme les absents ont toujours tort, on lui refile souvent les classes dont personne ne veut : CAP (élèves les plus agités) et filières-poubelles (élèves les plus démotivés).
Les années suivantes, ce collègue revendiquera peut-être les classes plus "intéressantes". Dans ce cas, on lui répondra : « Oui mais tu comprends, j’ai beaucoup investi dans les Bac (ou dans les BTS, ou etc…) ! ».
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Si tu es ce pauvre type qui n’a pas la légitimité de l’ancienneté, tu as trois solutions :
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- Soit attendre qu’un privilégié parte en retraite, pour récupérer ses classes et reproduire ses pratiques. Je précise que je ne cautionne pas cete option et que je la déconseille particulièrement quand le privilégié a moins de 59 ans (dans l’état actuel des choses…).
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- Soit engager des négociations : dans ce cas, explique au privilégié que depuis 20 ans qu’il a « investi » dans les Bac (ou les BTS, …), il a largement rentabilisé son travail ! Propose-lui un système équitable, qui imposera un roulement dans l’attribution des classes, de telle manière qu’aucune filière ni aucun niveau, ne soit systématiquement attribué à un collègue.
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- Soit faire la révolution : demande au Chef d’Etablissement d’imposer une répartition équitable et non discriminatoire. Attention, solution casse-gueule : le privilégié a déjà fait ses preuves (c'était facile, avec les meilleures classes !) et il est souvent dans les petits papiers de la Hiérarchie ; le risque est de ne pas obtenir gain de cause, avec en prime le mépris et la rancune de l’ensemble des collègues concernés.
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L’enjeu numéro 2, c’est le partage des heures supplémentaires.
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Si tu as réussi à avoir des classes "tranquilles", il sera plus facile d’assumer des heures supplémentaires, qui occasionneront un faible surplus de fatigue nerveuse. Dans ce cas, n’hésite pas à « travailler plus pour gagner plus », et profite-z-en pour redistribuer tes richesses en travaux d’isolation ou en salaires pour des "services d'aides à la personne".
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Dans le cas où tu ne veux pas faire d’heures supp’ (et tes collègues non plus), il est inutile de réclamer la conversion des heures supp' en création d’un autre poste d’enseignant : chaque établissement dispose d’une "enveloppe" d’heures supp’ incompressible, qu’il faudra bien répartir !
Tu peux toujours refuser les heures supp’ (au-delà de la première, qu’on peut t’imposer), mais tes collègues et ton chef ne te le pardonneront pas.
Dernière solution : avoir demandé, en hiver dernier, à travailler à temps partiel (par exemple à 90%), ce qui t’interdit de faire des heures supp’ (et obligera peut-être à la création d’un poste d’enseignant supplémentaire). Mais cette demande n’est pas certaine d’aboutir, à moins d’avoir un très jeune enfant ou d’être handicapé…
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PS :
Par confort de lecture, j’ai évoqué les privilégiés au masculin. Evidemment, si certaines inégalités existent aussi dans la fonction publique, on rencontre moins le "plafond de verre" machiste. Conséquence : il y a autant de privilégiées que de privilégiés.

samedi 29 mai 2010

S.O.S prof de maths !


Nicolas NEUFCHATEL - Portrait du calligraphe et mathématicien Johan I Neudorfer et de son fils
(fin 16e s.) - Palais des Beaux-Arts (Lille)

L’année dernière à la même époque, j’avais donné des cours particuliers – et bénévoles – à un ado de mon village… Besoin de sauver les meubles en maths, juste avant le Brevet des Collèges !
Cette année, grâce au bouche-à-oreilles, c’est la consécration : chaque week-end, je reçois jusqu’à quatre collégiens du village, à tour de rôle (1 heure chacun).

Quand j’examine les cahiers de mes "élèves du week-end", je constate des différences d’enseignement, entre le collège et le lycée professionnel (LP) que je connais bien…

1er constat :
Au collège, l’approche est souvent abstraite, avec des formes géométriques et des formules, assénées hors de tout contexte. Les élèves qui apprécient les jeux de l’esprit peuvent en tirer parti… mais ceux qui sont en recherche de sens et de concrétude y verront un charabia indigeste.
Limités dans la "capacité d’abstraction", ces élèves seront considérés comme inaptes à faire des études longues.
Voilà comment, dès l’entrée en collège, la réussite en maths prédétermine la future catégorie socioprofessionnelle des élèves

2e constat :
Le niveau requis est élevé, avec des notions qui rebutent même mes élèves de Bac Pro (exemple : systèmes de deux équations à deux inconnues).
Avec un programme aussi chargé et aussi ambitieux, il n’est pas étonnant que ça fonctionne au "marche ou crève"… d’où l’intérêt et le besoin des cours particuliers, comme seule solution pour progresser !
Inutile de proposer une alternative (la baisse des effectifs des classes, par exemple) : ça serait trop coûteux en professeurs…

3e constat :
Plein de fautes d’orthographe dans les cahiers. Pire : des contresens à la pelle (exemple : « le nombre deux » au lieu de « le nombre de »).
C’est la faute aux cours dictés à des élèves qui ne comprennent rien à ce qu’ils écrivent. Conséquence : des cours plein d’erreurs, incompréhensibles et inutilisables pour travailler chez soi !
Personnellement, je dicte quand les élèves sont surexcités : ça permet de rester de face et d’imposer le silence pendant la prise de notes. Mais si ca facilite la « gestion de classe », ça creuse les inégalités de niveaux entre élèves !
Une solution pratique : le cours projeté sur rétroprojecteur ou mieux, sur vidéoprojecteur (quand on a la chance d’en être équipé).

Que mes collègues qui travaillent en collège, ne se sentent pas accusés ou mal jugés…
D’abord parce que je sais qu'ils ne sont pas responsables des contenus de leurs programmes, ni des effectifs de leurs classes, ni de leurs conditions de travail.
Ensuite parce que l’examen d’une poignée de cahiers d’élèves, ne me permet pas de tirer des conclusions générales et définitives.
Enfin parce que je n’ai pas de solution-miracle à proposer : en LP, même avec des effectifs réduits (6 à 35 élèves par classe, selon les filières), même avec des approches pédagogiques concrètes et même avec des programmes allégés, on retrouve des cours mal recopiés, des élèves hermétiques et le fameux marche-ou-crève !

dimanche 23 mai 2010

La reconquête du mois de juin

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D. SHMARINOV - Gloire aux libérateurs de l'Ukraine
Affiche de 1943, célébrant la reconquête de l'Ukraine.
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C.C, qui est une enseignante avisée, dénonce l’ineptie de la « reconquête du mois de juin », chère à notre ex-ministre Xavier Darcos.

Pour une fois, je vais faire l'avocat du diable et proposer quelques solutions pour que cette « reconquête » ne se passe pas trop mal...

- Si on continue à lâcher les élèves en fin mai, alors ils auront 3 mois de vacances... Et après on se plaindra que le 3e trimestre aura été trop court et qu’on n'aura pas réussi à boucler les programmes !
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- Si on faisait les conseils de classe en fin juin, plutôt qu’en fin mai, les élèves seraient un peu plus motivés à travailler un mois de plus.
La « reconquête du mois de juin » passe aussi par une ré-organisation administrative !
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- D’ailleurs, si l’Administration de l’établissement faisait l’effort de mettre en place de nouveaux emplois du temps aménagés, qui tiendraient compte des absences des professeurs (convocations), alors la Vie Scolaire n'aurait pas à gérer des élèves qui zonent dans les couloirs, à longueur de journée. Je précise que c’est possible, pour l’avoir vécu l’année dernière.
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- Si, dans le pire des cas, on poursuivait les évaluations au mois de juin, même après les conseils de classe, ça ferait des notes pour le premier trimestre de l’année prochaine (à négocier avec leur prochain professeur, qui sera ravi d’accepter un tel cadeau : une évaluation déjà corrigée !).
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L’année dernière et pour la première fois, j’ai joué le jeu de la « reconquête du mois de juin ». J’ai fait bosser et évalué mes élèves jusqu’au 2 juillet.
Je me souviens encore des regards ahuris des surveillants qui entraient dans ma classe. Et pour cause… Comme me disaient mes élèves, tout au long du mois de juin : «Monsieur, y’a plus que vous qui nous faites travailler ! Avec les autres profs, on discute, on regarde des films ou on va en salle informatique !» ("information" à prendre avec des pincettes, mais quand même... !).
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Je peux comprendre que les collègues (enseignants, Vie scolaire ou Direction) fassent "de la résistance" : en ce qui me concerne, j’avais fini le 2 juillet sur les rotules. Mais ne pas trouver le moyen de faire autre chose que de la "garderie", c’est le risque de perdre une partie de sa crédibilité.
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Cette année, dans mon lycée, plusieurs classes partent en stage au mois de juin. Et étrangement, plusieurs autres classes sont autorisées par ma Direction à quitter le lycée jusqu’en septembre.
Ca tombe bien : j’ai bouclé mon programme et de toute façon, que les élèves partent deux mois ou trois mois, ils reviendront amnésiques en septembre prochain !
Allez, bye bye la reconquête !

samedi 22 mai 2010

L’élève idéal est d’extrême droite !

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Un petit francais regarde bien en face (1943)
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Emoi dans la salle des profs : une collègue nous apprend que Clément est d’extrême-droite, si on en croit son profil-Facebook !
Clément, c’est un des élèves-modèles de mon lycée : extrêmement doué dans toutes les matières, extrêmement sociable avec ses camarades et les personnels, extrêmement admiré par l’ensemble du lycée…
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Mais son profil-Facebook affiche des liens vers les pages :
« 1 million de français avec Jean-Marie Le Pen »
« Fier d’être français »
« Contre les cons qui sifflent la marseillaise et crachent sur la France »
« Armée de Terre »
« Verre plein j’te vide, verre vide j’te plains »
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Pour compléter le tableau, ajoutez à ce faisceau de sympathies extrêmement douteux, les citations favorites de Clément :
« Impossible n’est pas français »
« Le travail c’est la santé ».
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Attention, pas de malentendu : je respecte le patriotisme, la passion pour la Défense Nationale, le goût pour l’alcool et pour le travail… mais leur cumul me semble un peu indigeste !
Je ne reconnais pas Clément dans ce profil caricatural et stéréotypé (il ne manque que la religion !)... Mais peut-être qu’à travers le filtre du système scolaire, on ne perçoit que son goût pour le travail et la discipline, qu’on apprécie tant quand on est enseignant.
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En poursuivant ma navigation, je tombe sur le profil de Fabien, un ami-Facebook de Clément...
Fabien est aussi un de mes élèves. Assez passif en classe, peu intéressé par les maths, nos rapports sont distants et parfois tendus. Fabien me donne l’impression d’être un adolescent qui ne s’intéresse à rien.
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Pourtant, le profil de Fabien m’indique qu’il est de Gauche (proche du PC), qu’il aime "In the mood for love" et "Arte documentaires"…. comme moi !
Mais ce n'est pas en cours de mathématiques qu'on peut se rendre compte de la culture, de la sensibilité et des engagements de Fabien.
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Ca m’apprendra : j'avais un avis tranché sur certains de mes élèves et j’étais à côté de la plaque !
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Ce qui me rassure, c’est que nos rapports 'professionnels' sont indépendantes de nos affinités politiques, preuve que j’ai bien respecté mon « devoir de réserve ».
Ce qui me rassure moins, c’est qu’en poussant la réserve à tous mes centres d’intérêts, je suis passé à côté de certaines complicités, propices à une bonne ambiance de travail.
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On passe des dizaines d'heures ensemble et on ne se connait pas...
Parfois, un élève me demande : « M’sieur, les maths c’est toute vot’ vie ?! ». Mon p’tit gars, si tu connaissais ma vie, tu serais surpris…
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NB : les prénoms des deux élèves cités sont faux, par soucis de confidentialité.

samedi 17 avril 2010

"Chagrin d'école", de Daniel Pennac

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En tant qu'enseignant privilégié (je ne dis jamais "prof", ça me fait penser aux nains de Blanche-Neige ou à la Star Ac'), j'ai été pas mal chamboulé par le dernier livre sans images que j'ai lu...
C'est l'autobiographie d'un ancien cancre, devenu professeur de français et écrivain célèbre, "sur la douleur de ne pas comprendre et ses effets collatéraux sur les parents et les professeurs".
Extraits choisis...
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"Le prof a dit que... ", ils connaissent. L'espoir placé par le cancre dans la litanie, oui... Les mots du professeur ne sont que des bois flottants auxquels le mauvais élève s'accroche sur une rivière dont le courant l'entraîne vers les grandes chutes. Il répète ce qu'a dit le prof. Pas pour que ça ait du sens, pas pour que la règle s'incarne, non, pour être tiré d'affaire, momentanément, pour qu'"on me lâche". Ou qu'on m'aime.
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Plus que tout, certains professeurs me reprochaient [ma] gaité. C'était ajouter l'insolence à la nullité. La moindre des politesses, pour un cancre, c'est d'être discret : mort-né serait l'idéal. Seulement, ma vitalité m'était vitale, si je puis dire. Le jeu me sauvait du chagrin qui m'envahissait dès que je retombais dans ma honte solitaire.
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Il faudrait inventer un temps particulier pour l'apprentissage. Le présent d'incarnation, par exemple. [...] Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s'incarner dans le présent d'un cours, il faut cesser d'y brandir le passé comme une honte et l'avenir comme un châtiment.
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Une constatation préalable : adultes et enfants, on le sait, n'ont pas la même perception du temps. [...] Or, pour le petit, chacune de ces années-là vaut un millénaire ; à ses yeux son futur tient tout entier dans les quelques jours qui viennent. Lui parler de l'avenir c'est lui demander de mesurer l'infini avec un décimètre. Si le verbe "devenir" le paralyse, c'est surtout parce qu'il exprime l'inquiétude ou la réprobation des adultes. [...] A chaque jour suffit sa peine, et à chaque heure dans cette journée, pourvu que nous y soyons pleinement présents, ensemble.
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C'est "Alice au pays des merveilles", votre emploi du temps : on prend le thé chez le lièvre de mars et on se retrouve sans transition à jouer au croquet avec la reine de coeur. [...] Et ça se donne des allures de rigueur, par-dessus le marché, une absolue pagaille taillée comme un jardin à la française, bosquet de 55 minutes par bosquet de 55 minutes. [...] Le hasard sans la surprise, un comble !
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C'est leur vitesse d'incarnation qui distingue les bons élèves des élèves à problèmes. [...] Si je veux espérer leur pleine présence mentale, il me faut les aider à s'installer dans mon cours. [...] Une seule certitude, la présence de mes élèves dépend étroitement de la mienne : [...] de ma présence physique, intellectuelle et mentale, pendant les 55 minutes que durera mon cours.
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Une bonne classe, ce n'est pas un régiment qui marche au pas, c'est un orchestre qui travaille la même symphonie. Et si vous avez hérité du petit triangle qui ne sait faire que ting ting, ou de la guimbarde qui ne fait que bloïng bloïng, le tout est qu'il le fassent au bon moment, le mieux possible [...]. Le problème, c'est qu'on veut leur faire croire à un monde où seuls comptent les premiers violons. [...] Et que certains collègues se prennent pour des Karajan qui supportent mal de diriger l'orphéon municipal.
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Le jeu est la respiration de l'effort, l'autre battement du coeur, il ne nuit pas au sérieux de l'apprentissage, il en est le contrepoint. Et puis jouer avec la matière c'est encore nous entraîner à la maîtriser. Ne traitez pas d'enfant le boxeur qui saute à la corde, c'est imprudent.
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Pour qu'ils [mes élèves] aient une chance d'y arriver, il fallait leur réapprendre la notion même d'effort, par conséquent leur redonner le goût de la solitude et du silence, et surtout la maîtrise du temps, donc de l'ennui. Il m'est arrivé de leur conseiller des exercices d'ennui, oui, pour les installer dans la durée.
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Quelle que soit la matière qu'il enseigne, un professeur découvre très vite qu'à chaque question posée, l'élève interrogé dispose de trois réponses possibles : la juste, la fausse et l'absurde. [...] Or, la condition sine qua non pour libérer le cancre de la pensée magique, c'est le refus catégorique de noter sa réponse si elle est absurde. [...] En acceptant de tenir pour fausses les réponses absurdes de mon élève, je cesse de le considérer comme un élève [...]. Mais ce faisant, je m'annule moi-même comme professeur ; ma fonction pédagogique cesse auprès de cette fille ou de ce garçon qui, à mes yeux, refusent de jouer le rôle d'élève.
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Aucun doute, si le cancre que je fus était né il y a une quinzaine d'années, [...] il l'aurait adoré, cette époque qui, si elle ne garantit aucun avenir à ses mauvais élèves, est prodigue en machines qui leur permettent d'abolir le présent ! Il aurait été la proie idéale pour une société qui réussit cette prouesse : fabriquer des obèses en les désincarnant.
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Pour finir, une belle vidéo de Daniel Pennac lisant un extrait de son livre : ici.
Et un site entièrement dédié aux cancres : http://www.cancres.com/

mardi 9 mars 2010

Les profs "titulaires remplaçants" qui ne remplacent pas !

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LAVRATER - Le boniment (XXe s.) - Lithographie coloriée
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L'UMP va jouer, une fois de plus, aux pompiers incendiaires ! Car qui est responsable de la suppression des professeurs remplaçants ? Les mêmes que ceux qui veulent les rétablir... mais sous une autre forme !
Je m'explique...
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Il fut un temps où certains professeurs titulaires (diplômés et formés) avaient un statut de remplaçant "sur zone de remplacement" (l'ensemble ou une partie d'un département).
Ils étaient officiellement "rattachés" à un établissement particulier, mais on faisait appel à eux pour des remplacement courts, sur toute leur "zone de remplacement".
Dans les périodes où ils n'avaient personne à remplacer, ils étaient disponibles dans leur "lycée de rattachement", avec diverses missions données par leur chef d'établissement.
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Ces dernières années, la plupart de ces remplacants ont été affectés à des postes moins précaires :
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- soit ils sont devenus "titulaires sur poste" (ils ne bougent plus de leur établissement),
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- soit ils sont restés "titulaires remplaçants"... mais affectés à l'année !
Autrement dit : ils ne sont plus disponibles pour remplacer des collègues ayant une absence passagère, puisqu'ils ont leurs élèves, à plein temps, pour toute la durée de l'année scolaire.
En réalité, comme on peut les muter chaque année, ils sont utilisés pour "combler les trous", en attendant la création (ou la suppression) d'un "poste fixe". Quand cet "ajustement" aboutit, ils sont envoyés ailleurs pour combler un autre trou...
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Alors quand on balance qu'il y a 50.000 "titulaires remplaçants", en sous-entendant que 50.000 profs sont sur la brêche pour remplacer autant de collègues absents, je dis : intox !!!
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Mais alors... qui remplace les professeurs absents temporairement ?
La suite au prochain épisode... bientôt !

lundi 8 mars 2010

Des filles dans les filières industrielles !

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J. Howard MILLER - "We can do it" (affiche, 1942)
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Pour la 100e Journée Internationale de la Femme, je pense à certaines collégiennes de 3e, qui envisagent leur poursuite d’études en lycée professionnel.
Ces jeunes filles sont souvent envoyées vers des CAP ou Bac Pro tertiaires, dans les filières vente, secrétariat, comptabilité, gestion, … comme s’il n’y avait pas d’autre choix !
Mais dans un département pauvre en entreprises comme le mien, où les "bureaux" sont rares, c’est l’assurance d’alterner entre périodes de chômage et emplois précaires (caissière, vendeuse, ...).
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Alors les filles, si vous voulez un emploi valorisant, sans forcément faire d’études post-bac, allez dans les filières "pour mecs" ! Allez dans les filières industrielles !
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Savez-vous pourquoi, à diplôme égal (CAP ou Bac Pro), un "industriel" est mieux payé qu’un "tertiaire" ?
Parce que n’importe quel technicien industriel, avec une petite formation, peut maîtriser les principes de la gestion d’entreprise. Par contre, une vendeuse ou une secrétaire, aura bien du mal à maîtriser les principes de l’électricité ou de la mécanique-auto !
Conséquences : une diplômée du secteur "tertiaire" sera souvent l'employée (sous-payée et/ou à temps partiel) d'un entrepreneur "industriel", pas forcément plus diplômé qu'elle, mais toujours mieux rémunéré ! Par contre une jeune diplômée du secteur "industriel" pourra évoluer vers le domaine technico-commercial, pour vendre des produits industriels, en étant crédible…
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Si je vous ai convaincues sur le principe de choisir une filière industrielle, il vous reste a choisir laquelle…
Alors allez voir la liste des CAP en évitant les secteurs 4, 6 et 7 (CAP sanitaires et tertiaires).
Mais si vous préférez un Bac Pro en 3 ans (les spécialités sont comparables), évitez simplement les secteurs 6 et 7 (tertiaires), puisqu’un Bac Pro "sanitaire et social" reste intéressant, pour poursuivre vers une école d’infirmière.
Dans cette liste, vous verrez qu’il existe des tas de spécialités industrielles qui ne nécessitent pas forcément d’avoir des gros bras !
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Par contre, je ne vous cacherai pas que dans les filières industrielles, les filles sont souvent minoritaires. Et les garçons de lycées professionnels ne sont pas toujours les plus galants ni les plus féministes… raison de plus pour y aller à plusieurs, après avoir convaincu les copines !
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C’est la période des "Journées Portes Ouvertes" dans les lycées professionnels… allez donc voir de plus près ! Vous trouverez sûrement les dates de tous les lycées participants de votre académie, soit au CDI de votre collège, soit sur le site de votre Conseil Régional (en Picardie, le calendrier est ici).
Vous êtes les femmes de demain et vous avez le choix d'éviter les filières qui vous destinent au service des hommes !

lundi 22 février 2010

Violences scolaires "mineures"

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Albrecht DÜRER - Melencolia 1 (1514) - Gravure au burin
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Attention, billet amer…

Les agressions physiques des enseignants ? C’est l’aboutissement des violences "mineures", qu’ils subissent quotidiennement et qui n’ont pas trouvé de réponse.
Car les élèves sont les rares personnes à pouvoir pratiquer le harcèlement moral sur leurs responsables hiérarchiques directs… C'est le monde à l'envers, notamment dans les collèges et les lycées professionnels !
Les adolescents sont souvent tourmentés, et c’est normal. Et quand les élèves ne peuvent pas se défouler sur leurs parents, c’est sur leurs profs qu’ils se rabattent, en profitant de l’aubaine de l’impunité.

Trois exemples emblématiques, vécus dans différents lycées professionnels de province :
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1) Dans un énoncé de maths, j'impose à mes élèves "l’échelle" d’un graphique à tracer… Les 35 adolescents tapent sur les tables en criant à la "privation des libertés individuelles" ! Même réaction quand j’ai refusé qu’on écoute son baladeur pendant mes cours !
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2) Un élève fait croire que je l’ai viré de classe sans raison (en fait il ne s’est pas présenté)… A la demande de sa famille, je suis convoqué par ma Direction et je dois prouver que l’élève ment !
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3) Un élève menace et insulte un collègue, qui fait un rapport. L’information parvient à la Direction au bout d’une semaine, le temps que les Conseillères d’Education comprennent la motivation de l’élève (!) et confrontent sa version à celle de l’enseignant (!!)... A la fin, on juge qu’il est absurde de punir l'élève, une semaine après l’incident (!!!).

Chaque exemple illustre une des raisons de l'impuissance du système, face aux attaques infligées aux enseignants (liste non exhaustive) :

1) Exigence = zéro :
Plusieurs collègues baissent leurs niveaux d’exigence, en gonflant les notes de leurs élèves et en tolérant des entorses aux règlements. C’est doublement gagnant : la Hiérarchie est satisfaite (les bonnes notes prouvent la qualité du professeur) et les élèves sont tranquilles (la paix sociale a été payée).
Un professeur qui refuse ce marché de dupes - par conscience professionnelle ou parce qu'il n'a pas encore été brisé - prend le risque d’être accusé de mettre les élèves "en situation d'échec" et de pratiquer l’autoritarisme !
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2) Crédibilité = zéro
En cas de crise, un professeur n’est pas plus crédible qu’un élève malfaisant (ça arrive...). L'impact, sur le reste de la classe, est redoutable !
Dans le pire des cas, les familles considèrent que les enseignants sont à leur service (argument : on est payé par leurs impôts !).
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3) Cohésion de l’équipe éducative = zéro
Alors que les élèves sont en parfaite cohésion (ils se suivent à tout moment), les personnels sont isolés dans leur classe ou leur bureau ; persuadés d’être seuls à rencontrer des difficultés, beaucoup d'enseignants n’osent les signaler.
Et ceux font des rapports d’incidents se heurtent à l’inertie d’un système pyramidal, voire aux brimades de leur Hiérarchie ("vous avez des problèmes de gestion de classe"). Pas de vagues, c’est compris ?

Pour finir, je rassurerais mes lecteurs : j’aime toujours mon métier, car la plupart des élèves méritent que je donne le meilleur de moi-même. Mais certains jours ou certaines années, comme beaucoup de mes collègues, je constate un cruel manque de reconnaissance…
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Sur le même sujet...
les billets de Juan, Le Privilégié, Gauche de Combat (merci à CC).

mardi 12 janvier 2010

Allocations familiales et assiduité scolaire

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Carl Conrad Julius HERTEL - Classe pendant la leçon de géographie (1874) - Allemagne
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Après la carotte - la "cagnotte" pour les élèves assidus, testée en banlieue parisienne - voilà le bâton - la suppression des allocations familiales pour les élèves absentéistes.
Tout est bon pour retenir nos petits chéris entre les quatre murs de leurs salles de classe !
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Je suis certain de l'efficacité immédiate de ces mesures financières car c'est vrai, certains élèves ne viennent que "pour les allocs", de leur propre aveu. Mais sans prendre en compte ce 'choix' désespéré, certains politiciens obtus considèrent la présence en classe comme une fin en soi, une condition suffisante de la réussite scolaire.
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S'est-on seulement demandé ce que faisaient nos élèves démotivés, quand on les forçait à être présents en classe ? Eh bien ça dépend de leur caractère :
- s'ils supportent mal cette contrainte, ils font les zouaves.
- s'ils supportent l'ennui, il font la plante verte (je dis aussi : le-prisonnier-qui-attend-la-fin-de-sa-peine).
Mais dans tous les cas, ils restent improductifs et en échec scolaire.
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On va me dire : c'est parce que vos cours ne sont pas assez intéressants... Mais les cours de maths les plus inventifs, ne pourront jamais enthousiasmer des élèves qui sont coincés dans une filière-poubelle, vers un diplôme inutile !
Et on va dire au parents : soyez responsables... C'est vrai quoi, on vous donne du fric alors soyez reconnaissants : demandez à votre enfant de sacrifier deux ans* de sa vie, pour faire tourner un système qui ne sert à rien !
* 2 ans, c'est la durée d'un cycle de formation (CAP, Bac, etc...)
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Au lieu de 'soigner le fièvre', sans tenir compte du 'mal' plus profond qu'elle révèle, j'aimerais bien qu'on résolve l'absentéisme à la source. Pour cela il faudra bien :
- Fermer les classes-poubelles, pour les remplacer par des filères d'avenir, après avoir organisé la reconversion de certains professeurs d'enseignement professionnel. Par exemple je ne comprends pas que des dizaines de diplômes de secrétaires soient créés, chaque année, dans le nord de l'Aisne !
- Mettre le paquet sur l'information des élèves, pour qu'ils choisissent leur orientation autrement que par défaut. Car trop d'élèves, sans envie particulière, choisissent leur filière au hasard... pourvu qu'elle soit proche de chez eux et quels que soient ses débouchés professionnels !
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Sur l'illustration :
La peinture "réaliste" est une transition entre la peinture néoclassique (début 19e s.) aux ambiances antiques et la peinture impressionniste (fin 19e - début 20e). La facture reste "léchée", mais les thèmes, le dessin et les couleurs rompent avec l'idéalisme grandiose du néoclassicisme. En France, les figures marquantes de ce mouvement sont Gustave Courbet et Manet.
Ce tableau montre bien qu'il n'aura pas fallu attendre "l'après-mai 68", pour voir des jeunes chahuter leur professeur.
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Vidéo :
"Another brick in the wall" (Pink Floyd, 1982)
Autoritarisme, enfants enfermés et réduits en 'chair-à-patée' par la 'machine-à-broyer' scolaire.
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